Samedi 18 septembre 2010 6 18 /09 /Sep /2010 14:52


Pour commencer, évacuons la question des jeux de mots faciles. Allons-y : oui, Rubber est un film « déjanté », « sacrément gonflé », « qui ne manque pas d'air », dont les personnages « crèvent » l'écran, sans « coup de pompe ». Etc etc...

Voilà qui est fait, et devrait vous permettre de sauter sans crainte premières lignes et « chapeaux » des articles de presses prochainement consacrés au nouveau délire du talenteux Quentin Dupieux, également connu sous l'étiquette "Mr Oizo" pour ses créations pluri-disciplinaires

Après Steak, qui aura bien fait souffrir les exploitants dont je suis. Un OVNI de haute qualité, bijou absurde plombé par un promo à l'envers qui le vendait, via Eric et Ramzi, comme une simple potacherie , lui « interdisant » par là-même de trouver son public.

Une certaine critique (Les Cahiers du cinéma en première ligne) aura su rattraper le coup, pour ce qui est tout au moins de la réputation du cinéaste.

Rubber, dans son propos, et sa présentation, affiche le limpide mérite de la clarté.

Sans ambiguïté, le film narre le parcours d'un pneu solitaire et serial killer qui fait exploser la tête de ses victimes. Non pas en leur fonçant dessus, la chose eût été trop prévisible, mais par la grâce d'un phénomène de contraction-concentration extrême.

Au cinoche, tout peut fonctionner. Tout sujet mérite un film.

Ce n'est certes pas une découverte, mais Rubber nous reconvoque cette jubilatoire vérité.

Tourné avec le mode vidéo d'un appareil photo, le film carbure au talent, malin de bout en bout.

Première astuce : s'auto-légitimer par le non sens. Ainsi l'ensemble s'assume-t-il d'entrée, à travers le discours d'un personnage-spectateur, un flic qui nous explique, références cinéphiles à la clé, que motivation et raison d'être du film résident... dans l'absence de raison d'être.

Ou comment se justifier en claironnant que l'on n'a pas à se justifier. Bien joué.

C'est l'histoire d' un pneu qui tue. C'est tout.

Il faut vous dire que les spectateurs du film sont aussi dans le film lui-même. Pas d'écran, mais des jumelles entre leurs mains, pour observer l'action de loin. Lassé, le créateur voudra stopper son projet en les empoisonnant tous, mais l'un d'entre eux résistera. Et le film devra continuer.

Notre flic aura beau tenter d'expliquer à ses acolytes que tout était faux, rien n'y fera. Le film devra continuer.

Sublime hommage au cinéma. Le cinéma comme pulsion incessible, désir persistant, besoin d'images et d'histoires, quelles qu'elles soient.  Le cinéma que l'on n'arrête pas.

 

Aimez Rubber.

Et pas qu'un pneu !

 



Publié dans : Mes critiques
Ecrire un commentaire - Voir les 92 commentaires
Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 12:37


Le mauvais oeil volontiers pervers et supposé supérieur du critique (pas moi, entendons-nous, bien. J'évoque ici le « critique ». Enfin, la « figure » du critique, quoi. Un truc abstrait, un brun facile certes, que je ne sais même pas si ça existe, mais qui me permet d'ouvrir mon article puisque je ne savais pas comment faire autrement. Bon, ça vous va, on y retourne ?), le mauvaise oeil volontiers pervers du critique, disais-je, se languit sans doute, depuis tant d'années, de pouvoir sincèrement descendre un Pixar, lassé qu'il est de s'incliner devant la systématique réussite des oeuvres du Studio américain.

Absorbés par Disney sans jamais s'être fait pompé la moelle et la verve, John Lasseter et ses amis n'ont jamais su nous offrir autre chose que des perles, des sommets de cinéma, du grand divertissement aussi drôle que fin, imaginatif qu'émouvant.

Voici Toy Story 3, dont les données sont les suivantes : Andy à 17 ans, file à l'université. Woody, Buzz, les Patates et consorts s'en tracassent sérieusement.

Ah ah, l'écueil de la « suite » ! Du film « franchisé ». Tout pour un loupé, ou tout au moins une mollesse en roue libre, façon Shrek 4. Le mauvais oeil frémit !

Las. Non seulement ce troisième volet remplit et dépasse tout ce qu'on peut attendre de lui, mais il se permet en outre d'être le meilleur de la série. Hautement émotionnel, habilement politique, le film (vu en 2D, ce qui ne gâche, en l'occurrence, vraiment rien) parvient à se positionner toujours au niveau supérieur à celui où on l'attend.

Quand Pixar gagne la bataille des surprises, le spectateur est comblé de sa défaite.

Walt Disney Studios Motion Pictures France Walt Disney Studios Motion Pictures France Walt Disney Studios Motion Pictures France

En témoigne une délicieuse gestion des personnages, que les scénaristes aiment installer dans des cases, pour mieux les en sortir. Ainsi Barbie, nouvelle au casting, se révèle bien cruche mais... pas si cruche. Ken est un beau gosse crétinisant... mais pas tant que ça. Quant au gros gentil Nounours aussi douillet que paternaliste...

La société de consommation et du jetable est moquée en même temps qu'assumée, tant qu'elle s'allie à l'imagination. La succession d'Andy sera à ce titre parfaitement choisie...

Etrange et bouleversante condition que celle de ces jouets héros, fonctionnels, « esclaves » aussi conciliants qu' émancipateurs, s'animant entre eux, mais retournant vers l'inerte à la rencontre des hommes et de leur besoin d'histoires. Intérêt mutuel...

La grande force de Toy Story est de ne pas ceder à la tentation scénaristique d'une vraie rencontre entre hommes et jouets « vivants ».

L'aventure, rebondissante, est d'une fluidité parfaite, dans l'alternance des rythmes et des registres. Quant à la réalisation, évidemment c'est du p'tit lait. A déguster !





Publié dans : Mes critiques
Ecrire un commentaire - Voir les 51 commentaires
Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 21:15


"Mourir ? plutôt crever !"

C'est de cette ultime sentence que Siné souhaite orner sa pierre tombale future, en piedestal  d'une immense statue doigt d'honneur.

Ce caveau en projet, si l'on en croit la séquence inaugurale, est ainsi appelé à recueillir les cendres d'une bande de potes, parmi lesquels le tandem Delepine- Kervern. Ensemble, nous les voyons s'offrir une visite de repérage, tâtant le terrain de cette résidence à perpétuité, prêtant attention aux alentours, aux éventuels dérangements à craindre, aux indésirables voisinages.

Hors de question se laisser emmerder donc, même dans la mort.

Car Siné va mourir. Prochainement, ou un peu plus tard, mais il va mourir. C'est l'immédiate et première force de ce film aussi libertaire qu'émouvant : admettre sans crainte, en empathie avec son protagoniste, qu'il s'agit de considérer une vie pleine et déjà largement derrière soi, en dépit d'un nouveau défi, l'aujourd'hui ex Siné Hebdo. Le tout, bien entendu, sans sombrer dans les lourdeurs du « bilan » ou du « testament ». Ne manquerait plus que ça.

A ce titre, le film se fiche, et tant mieux, de « juger » Siné, de peser les « pour » et les « contre , les qualités et défauts du personnage. L'oeuvre ne perd pas son temps non plus à surcharger des adversaires qui se débrouillent très bien tout seul. L'écueil de l'acharnement et du montage orienté (aussi brillant soit-il), qui pollue trop, par exemple, le « Choron dernière » de Pierre Carles, est ainsi évité.

Ces derniers temps, Philippe Val (idole de jeunesse dont, naïvement, j'ai mis bien longtemps à faire le deuil, mais cette fois c'est fait et bien fait...) s'est d'ailleurs très bien débrouillé tout seul pour se ridiculiser. Lui, le faux gentil, n'aura jamais réussi à nous faire prendre Siné, pépé aussi tranquille que rebelle, pour un vrai méchant. Bref, inutile d'en rajouter. Passons.

Mourir ? plutôt crever ! est donc un portrait qui revendique son autosatisfaction. Siné est fier de sa vie et de son oeuvre. De ses rencontres aussi, de Fidel Castro à Malcom X, de Prévert à Vergès.

Le documentaire se laisse aller, semble s'auto-guider sans propos préconçu, au gré des discussions, des situations. Librement.

Têtes à tête, manifs, séances de dédicaces, procès, et conférences de rédactions (très) bien arrosées se succèdent comme autant d'épisodes rythmés par de délicieux plans de coupe montrant quelques grands dessins du maître. L'unité du tout repose sur la totale intégrité du bonhomme.

Le projet, pour se préserver des tics, des convenances et des académismes, nécessitait l'appui d'un regard « naturel », présent, immédiat. Stéphane Mercario, la réalisatrice, n'est autre que la fille de Siné. Une forme de cachoterie, puisque l'information, non clairement donnée, ne peut que se déduire au gré des conversations enregistrées... Mais nous sommes bien en famille.

Contrefichons-nous de savoir si Mourir ? plutôt crever !  est un chef d'oeuvre du documentaire. Il est à la fois beaucoup moins... et beaucoup plus.

Il s'impose aujourd'hui avec la force d'un futur souvenir déjà là.

En témoigne une bouleversante séquence, filmée à l'instinct : Siné, invité dans un Festival, est très fatigué. Face caméra, il signe quelques dédicaces « collector ». Puis, vacillant, de dos, il repart et confie sa lassitude à son épouse qui le soutient.

La filmeuse s'arrête et laisse tourner. Siné s'éloigne.














Publié dans : Mes critiques
Ecrire un commentaire - Voir les 21 commentaires
Samedi 10 avril 2010 6 10 /04 /Avr /2010 11:37

Ad Vitam

Grossièreté vs vulgarité, émotion vs mièvrerie, provoc vs complaisance... souvent les fils sont tenus et les nuances légères pour faire pencher la balance... Néanmoins les différences finales sont colossales. Des « mondes » d'écart !

Sans doute pensera-t-on que je remue des évidences, mais je crois qu'il est bon de s'en rappeler. Cela aide à pardonner les « ratés ». On ne saurait être génial ou même seulement drôle à tous les coups.

La réussite de l' esprit Canal +, si tant est qu'une telle chose existe, aura souvent résidé dans cette capacité régulière de discernement dans l'outrance. Quand la satire et la caricature, salutaires, n'ont d'autre but que de manifester leur humanisme par une karchérisation de la connerie, notre connerie à tous.

Dans ses films comme à Groland, le tandem Kervern / Delepine s'inscrit me semble-t-il dans cette ambition : « glauquifier » nos existences pour mieux la célébrer, passer par l'absurde afin de redonner du sens à nos misérables vies.

Exercice d'équilibriste hautement casse-gueule, parsemé de pièges, très gourmand en talent.

Mammuth, le nouveau film des deux compères, atteint les sommets du genre. Hilarant, désespérant, renversant, l'ensemble n'oublie jamais d'être... du cinéma avant tout. Une histoire, une mise en scène, des cadrages, des acteurs. Bref, une direction, en tous sens du terme.

Mammut, c'est Gérard Depardieu (exceptionnel, « monstrueux ») alias Serge Pilardosse. Serge Pilardosse, grande carcasse et cheveux longs, vit dans l'arrière pays de Charente-Maritime, un coin très vite rural et bourru, à quelques kilomètres des côtes touristiques (je sais de quoi je cause, c'est ma région d'origine!).

Serge Pilardosse a 60 ans. Il prend sa retraite, célébrée lors d'une glaçante et donc tordante (très grolandaise en somme) cérémonie organisée par ses collègues de travail, dans la découpe de cochons. Au menu, des chips. Comme cadeau, un puzzle. Pour ne pas s'ennuyer... Le ton est donné.

Mais Serge, qui s'ennuie malgré son puzzle, se voit secoué par sa femme (Yolande Moreau, tellement... Yolande Moreau !) qui l'envoie récupérer ses attestations (ses « papelards ») auprès de tous ses ex employeurs, afin de bien constituer son dossier de retraite.

Gérard Depardieu. Ad VitamGérard Depardieu et Isabelle Adjani. Ad Vitam

Urgence du présent, puisque nos héros sont sans le sou, et déclenchement d'un road movie libératoire, sur les trace du passé d'une vie de con qui en a marre d'être (pris pour un) con. En guise de véhicule, une moto, la passion d'une vie, hélas coupable d'un drame originel, et que Mammuth n'osa plus jamais enfourcher.

Le récit se présente ensuite comme une succession d'apparitions, tour à tour morbides et déjantées, prétextes aussi à la participation d'une bande de copains (Adjani en amour perdu, Dick Annegarn en fossoyeur, Siné en viticulteur, Miss Ming en artiste barrée, Anna Mouglalis en fausse mutilée....).

L'écueil du film à sketch, du « Groland d'une heure et demi » est largement évité, grâce à la densité humaine de l'ensemble.

Une métalecture du film à la lumières de l'existence tumultueuse de Gérard Depardieu peut aussi s'envisager. Depardieu, le mammouth du cinéma. Depardieu, neosexagénaire reparti sur la voix de ses élans d'antan, qui refait danser les valseuses, et range au placard les fausses convenances. Depardieu qui fait ce qu'il veut. La dédicace finale à Guillaume est chargée de sens.

Quel film !



Publié dans : Mes critiques
Ecrire un commentaire - Voir les 19 commentaires
Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /Mars /2010 12:22
 

Il me semble avoir écrit une fois (au sujet d' OSS 117) que le meilleur détournement d'un genre supposait une assimilation non méprisante de ses codes. Les parodies les plus réussies sont généralement les plus respectueuses de leurs objets...

Joon-Ho Bong ne fait pas de parodies. Mais question mélanges, emprunts, encodage et décodage amoureux de la grammaire cinématographique, il s'impose comme un grand maître.

Mother, son troisième long-métrage après Memory of Murder et The Host, est exceptionnel.
Kim Hye-Ja. Diaphana Films Won Bin. Diaphana Films Kim Hye-Ja. Diaphana Films

L'histoire d'une mère veuve, la soixantaine, qui protège et étouffe (jusqu'à le regarder uriner...) son grand fils, benêt de 22 ans aussi ahuri qu'influençable.

Lorsque il se retrouve accusé du meurtre d'une jeune femme, elle engage un combat pour l'extirper de cette situation. Combat dont les limite morales, légales, et psychiques, reculent au même rythme que le film avance et que le suspense grandit.

C'est la force de ce récit, de savoir tirer son énergie de sa propre évolution, sans forcer le passage. Du rire au larme, de la dérision à la peur, tout s'impose avec une puissance fluide et sincère, dans l'affection pour les personnages et le respect de la fiction. L'incarnation et les regards de l'actrice Kim Hye-Ja y sont aussi pour beaucoup.

Le film évite ainsi, constamment, le piège d'un cinéma « virtuose » qui se jouerait de ses personnages. Et nous emporte de bout en bout.



Publié dans : Mes critiques
Ecrire un commentaire - Voir les 18 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Janvier 2012
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus