Pour commencer, évacuons la question des jeux de mots faciles. Allons-y : oui, Rubber est un film « déjanté », « sacrément gonflé », « qui ne manque pas d'air », dont les personnages « crèvent » l'écran, sans « coup de pompe ». Etc etc...
Voilà qui est fait, et devrait vous
permettre de sauter sans crainte premières lignes et « chapeaux »
des articles de presses prochainement consacrés au nouveau délire
du talenteux Quentin Dupieux, également connu sous l'étiquette "Mr Oizo" pour ses créations pluri-disciplinaires
Après Steak, qui aura bien fait souffrir les exploitants dont je suis. Un OVNI de haute qualité, bijou absurde plombé par un promo à l'envers qui le vendait, via Eric et Ramzi, comme une simple potacherie , lui « interdisant » par là-même de trouver son public.
Une certaine critique (Les Cahiers du cinéma en première ligne) aura su rattraper le coup, pour ce qui est tout au moins de la réputation du cinéaste.
Rubber, dans son propos, et sa présentation, affiche le limpide mérite de la clarté.
Sans ambiguïté, le film narre le
parcours d'un pneu solitaire et serial killer qui fait exploser la
tête de ses victimes. Non pas en leur fonçant dessus, la chose eût
été trop prévisible, mais par la grâce d'un phénomène de
contraction-concentration extrême.
Au cinoche, tout peut fonctionner. Tout sujet mérite un film.
Ce n'est certes pas une découverte, mais Rubber nous reconvoque cette jubilatoire vérité.
Tourné avec le mode vidéo d'un appareil photo, le film carbure au talent, malin de bout en bout.
Première astuce : s'auto-légitimer par le non sens. Ainsi l'ensemble s'assume-t-il d'entrée, à travers le discours d'un personnage-spectateur, un flic qui nous explique, références cinéphiles à la clé, que motivation et raison d'être du film résident... dans l'absence de raison d'être.
Ou comment se justifier en claironnant que l'on n'a pas à se justifier. Bien joué.
C'est l'histoire d' un pneu qui tue. C'est tout.
Il faut vous dire que les spectateurs du film sont aussi dans le film lui-même. Pas d'écran, mais des jumelles entre leurs mains, pour observer l'action de loin. Lassé, le créateur voudra stopper son projet en les empoisonnant tous, mais l'un d'entre eux résistera. Et le film devra continuer.
Notre flic aura beau tenter d'expliquer à ses acolytes que tout était faux, rien n'y fera. Le film devra continuer.
Sublime hommage au cinéma. Le cinéma comme pulsion incessible, désir persistant, besoin d'images et d'histoires, quelles qu'elles soient. Le cinéma que l'on n'arrête pas.
Aimez Rubber.
Et pas qu'un pneu !

