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A la une HARRAGAS

Pardon, blog, pour ma rareté un peu lâche, ces dernières semaines...

D'une part le temps m'est compté, d'autre part, hélas, je ne vois plus assez de films. L'histoire bien connue du cordonnier mal chaussé...

Mais aujourd'hui, c'est avec enthousiasme que je saisis mon clavier pour évoquer Harragas, le nouveau film de Merzak ALLOUACHe, que j'aurai l'honneur d'accueillir Samedi 06 Février, lors d'une avant-première vitrollaise.

Harragas, « les brûleurs »... terme très usité en Algérie, pour désigner ces jeunes gens qui s'aventurent sur d'improbables embarcations pour tenter de gagner d'autres rives, espagnoles généralement.

Dans l'espoir, le cas échéant, d'y rester sans se faire prendre.

Des rives plus riches, des rives d'une vie rêvée. Et dérive d' hommes...

Quelques rares « Harragas » atteignent le but. Les autres, quand il ne meurent pas, rebroussent chemin, puis recommencent.

Merzak Allouache nous raconte, en récit indirect, au passé, via la voix off de l'un d'entre eux, la traversée de 10 harragas. L'avant, le pendant, et l'après... à deviner.

Dix être se soumettant à l'aléatoire. Conscients de précariser un peu plus encore leur destinée, leur avenir le plus proche. Mais pensant que c'est toujours mieux que la misère, ou que l'étouffement d'un pays sans ouverture pour eux.

Désir, quête, obstacle... ce film convoque le schéma épuré de toute histoire. Son sujet s'offre avec évidence au Septième Art. Aussi, remercions Merzak Allouache d'avoir osé faire du « beau » cinéma, associant à l'urgence quasi-documentaire (l'accompagnement de personnages en fuite), le besoin d'une simple beauté des choses.

Les images sont somptueuses, magnifiquement cadrées, rendant grâce à la mer, aux paysages, à cet espoir moteur (parfois en panne...).

Jour2fêteJour2fête

Le film s'offre même, par subtiles touches, le luxe humaniste de l'humour, entre les drames. Juste équilibre qui fonctionne... réalité d'une situation bouleversante, à la fois simplissime et multiple, que l'on aurait même aimer creuser plus encore.

Quelques minutes de traversée supplémentaires ne m'auraient pas effrayé !

 
Harragas
Réalisé par Merzak Allouache
A la une AVATAR

Voici quelques jours, j 'ai souhaité, découvrir Avatar. Entre midi et deux (ou plutôt midi et trois!). Copie 35mm en main à Vitrolles, exploitée en sortie nationale, je pouvais comme de coutume me jouer ça "à domicile".

Mais... non. Pour la première fois en cinq ans, j'ai craqué. Pris le volant. Rejoint le tout proche multiplexe, cinq bornes à peine... Et vu Avatar en 3D. Plaisir perso, mais aussi nécessaire curiosité pro, puisque notre salle n°1 vitrollaise est appelée à s'équiper dans les prochaines semaines (scoop !).

La sentence est claire: en dépit du schcromfffchcrrrrr lancinant des popcorns machouillés, James Cameron a fait mon bonheur. Avatar est un film énorme et passionnant. Certaines critiques reprochent au cinéaste son manque d'inventivité, et les ressorts supposés épuisés de son intrigue. Une vue courte et réduite puisque c'est précisément, à mon sens, ce qui doit passionner.

Avatar appuie d'abord sa « révolution technologique » sur quelques fondamentaux, à merveille maîtrisés : narrer un histoire, et surtout, en bien construire le récit. James Cameron, en la matière, est un maître.

A son CV, un tour de force tout de même : déjouer les pronostics, exploser les records en (re)narrant le destin déjà connu d'un Titanic. Comment ? Parce que l'histoire, ainsi redite, était très belle...

Titanic, Avatar, rien à voir ? Pas sûr. Les rapprochements sont évidents. La musique, bien sûr avec ces effet malins et récurrents, ces premières notes rappelant (hélas !) la chanson de Céline Dion... Et puis le récit, chaque fois « confié » aux héros eux-mêmes, qui se racontent, faisant de l'histoire un passé. Très ancien ou très récent, peu importe. Un passé vécu.

Témoignage oral direct (Titanic) ou feedback vidéo (Avatar), l'effet est égal. « Prête moi tes souvenirs » (« Prête moi tes yeux », titraient les Cahiers à l'époque)...

Twentieth Century Fox France

Le héros raconte, rapporte. Ainsi, ce qui se joue est de fait déjà joué. Le souffle romanesque est immédiat. On ne trouvera jamais mieux pour capter un public. Le tout à la puissance 2... incarnation au carré via l'expérience d'un personnage handicapé, en connexion virtuelle avec le corps bien réel de celui qui vit l'histoire, son Avatar.

En dépit du modèle quasi reproduit du « cerveau dans la cuve », le fiction ici n'expose plus le rapport réel/virtuel, mais réel/réel, aux travers d'une double existence de chairs et d'os. Jusqu'à l'attendue, sanglante, puis bouleversante et fatale fusion. Immersion des corps, des pensées, du spectateur. On comprendra comment la 3D s'intègre au projet même...

Twentieth Century Fox France

Tout ceci se déploie dans une fable écologique d'envergure, sans grande surprise dans sa gestion des péripéties (pourquoi fuir tous les codes ?), mais constamment teintée d'une troublante audace.

Projet assez récent dans les blockbusters dominants US : régler son compte à l'être humain militaire, ici volontairement caricaturé en la personne d'un affreux et pathétique colonel.

Alien humain ou avatar humain, le corps de chair, chaque fois, vainc le corps de fer, et la vertu se niche dans la transmutation. L'homme militaire, assoiffé de richesses et de territoires, est battu. Comme dernière et illusoire parade, il se retranche dans l'habitacle d'un robot franc tireur, vaine prouesse technologique vouée à s'effondrer. Troublante redite, quelques semaines après le formidable District 9, qui proposait déjà le même motif.

Du cinéma visionnaire ? Ne nous le souhaitons pas !

Sur la splendeur visuelle de l'ensemble, inutile de disserter. Avant tout c'est à voir. Soulignons et admettons simplement la sensualité presque troublante de ces humanoïdes, dont le rapport avec les personnages et le spectateur finit par être amoureux, sans que nous n'y trouvons rien à redire.

La parole est aux psys...

Grand film, quoi qu'il en soit...

 
Avatar
Réalisé par James Cameron
A la une CHOC CULTUREL : CRAC !

Considérer la cordiale coexistence du commerce et du classieux...

Quantité, qualité, correcte compatibilité ?

Compliqué !

Car les carcans cannibalisent les capacités de croisements,

quand les caprices catégoriels calfeutrent les carrefours !

Crotte !

 
A la une 2012 et sens de l'humour
Sony Pictures Releasing France
Exploitation de proximité, "généraliste" ET Art et essai (curieuse et fausse dualité si souvent affirmée, par d'autres et par moi. Faudrait arrêter ça.... l'art et essai est-il incapable d'intégrer le général, et inversement ? Passons, sinon il sera dit que je nivelle...)

Diversification, « démocratisation »... ainsi va mon quotidien, au service d'un projet culturel non soumis aux seules loi de la demande et de la régulation par les plus forts. Efforts déployés, heure par heure, pour stimuler la rencontres entre filmS et publicS.
Et sens de l'humour ultra-nécessaire, face aux faits constatés, si têtus : aucune « stratégie
programmatique », aucune « méditation culturelle », aucune « éditorialisation », n'y pourra rien changer : quand « les gens » veulent UN film, ils veulent UN film. Et quand on gère un écran "généraliste"... et bien on le passe !

La pulsion collective se centre sur un objet, sans nécessaire proportionnalité avec sa reconnaissance qualitative. Ainsi, le "vouloir voir" se distingue, nettement, du "vouloir aduler". (NB : Il faudrait parfois le faire admettre à certains posturiers du métier, qui en même temps qu'ils servent la soupe méprisent à tort les gens qui la dégustent.)
Exemple : Asterix aux Jeux Olympique, daube historique : 8 millions d'entrées, mais des « gens » pas dupes pour un sou. Juste : quand ils veulent, ils veulent.

Bien entendu, j'entends l'écho de résistants, hurlant leurs « ah, mais pas moi !» à la lecture de ces mots. Certes, je raccourcis, j'amalgame. Mais je vois aussi. J'observe. Vois les chiffres. Têtus.
Rien (ou pas grand chose, allez...) ne résiste donc à cette précipitation vers un film dominant. Spectateurs tous manipulés ? Horreur ! Et, heureusement, faux fantasme pour faux rebelle.
Même si les incitations sont grandes, les gens au bout du bout choisissent comme ils veulent (c'est pire, dirons certains !)

2012, donc, a débarqué dans nos salles. Combles. Immédiatement.

Une demande inouïe, irrésistible. Un film nettement plus sympa qu'Asterix, au demeurant. Blockbuster mastoc, apocalyptique et rassurant, suffisamment épars dans son discours par satisfaire le tiers-mondiste et le capitaliste, le démocrate et le républicain, le puritain et le rieur... Franchement, qui est dupe ?
Metropolitan FilmExport
Roland Emmerich, depuis le too much Independace Day et le plutôt pas mal Le jour d'après, semble jouir d'une forme de tolérance attendrie de la part du monde cinéphile.
« Ce type est un bourrin, mais il le sait, s'en amuse et nous amuse. » Soit.

Une forme d'autorisation à la médiocrité, un peu facile, non dénuée d'une forme de snobisme, mais qui peut-être, s'explique :ces films-là, le cinéphile exigeant, l' « intello », tout victime qu'il est de sa pulsion...veut le voir aussi ( j'entends, pas loin, d'autres "ah non, pas moi !").

Chercherait-il à s'en dédouaner ?
Disons lui que ce n'est pas la peine.
Il fait ce qu'il veut, lui aussi !
 
2012
Réalisé par Roland Emmerich
A la une THIS IS IT

Je l'avais pas vu venir. Le plaisir ultime que devrait rechercher tout spectateur. Le piège. Tout au moins la surprise. Quand un film vous apporte ce que vous n'attendiez pas.

L'icône ne m'intéressait guère, mais à l'égard de l'artiste Michael Jackson, danseur et musicien hors catégorie, j'ai toujours senti une admiration sincère. Sans jamais vraiment être fan. Achat d'un ou deux albums, pas plus, durant mon adolescence, moi le natif de 1976. Bad, Dangerous...  Thriller, c'était mon grand frère

Et puis les Jackson Five, bien sûr. Rythmiques et riffs de bass diaboliques, à vous marquer un siècle.

Lors d'une séance exceptionnelle organisée à midi dans ma salle, je me suis donc posé, le temps d'une... pause, devant This Is It. Histoire de consulter le phénomène.

Happé je fus. Happé je suis resté.

De bout en bout, la grâce de l'artiste amaigri mais visiblement en forme (faisons fi du prétendu scandale des sosies). L'exigence, le perfectionnisme fascinant et fasciné de toute une équipe artistique. Des dizaines de collaborateurs, danseurs, musicos, techniciens, au service d'une star qui leur rend bien.

Michael Jackson. Sony Pictures Releasing FranceMichael Jackson. Sony Pictures Releasing France

La tragique poésie d'un spectacle sublime, mort sans même être né. Prestation fantôme et pourtant si pregnante.

Quand un concert devient film... Est-ce du cinéma ? Pas sûr. Pas pensé comme tel, en amont. Est-ce du cinéma ? Evidemment, au regard de la dimension artistique de l'"acteur", de sa virtuosité taille grand écran et salle obscure.

Saluons l'humilité du concept, et finalement son quasi-miracle : trouver une dimension humaine en célébrant la grandiloquence, transcender l'art et le show et dévoilant sa préparation.

Réellement envoûtant.

 
Michael Jackson's This Is It
A la une DISTRICT 9

L'histoire des images animées nous réserve de réjouissants contrepieds, de subtiles ironies. Parlant de l'évolution du Septième Art, on dit craindre, souvent légitimement, une vampyrisation du filmique par le publicitaire, une prédominance des codes de l'efficacité immédiate, de l'image commerce.

On se méfie comme de la peste du langage internet, de la « youtubisation » dominante des discours audiovisuels, du nivellement par le bas. Déchéance esthétique, en somme, quand le « vite » l'emporte sur le beau.

Sauf que... on a vu Cloverfield et Redacted.

Cloverfield, fascinant vrai-faux blockbuster qui sut élever au rang de succès mondial et de perle esthétique des pseudos-images d'amateurs.

Redacted, confondante mise en récit des sources d'images, réalité-vérité-ubiquité, De Palma se désengageant d'un regard unique.

Deux films inouïs, sources d'une interrogation inattendue : et si le cinéma devenait capable d'avaler la mélasse du monde/images... pour en vomir un chef d'oeuvre ?

 Et si , aujourd'hui, ce chef d'oeuvre était parmi nous ?

DISTRIC 9 est un film encensé, adulé déjà, mais qui pourrait prendra une place plus importante encore que celle qu'on lui présuppose.

Metropolitan FilmExport

Je passe le pitch, la métaphore, le foisonnement, pour simplement considérer :

qu'il fallait oser ce renversant brouillage, quand un maître du grand spectacle (Peter Jackson) accompagne un jeune loup de la pub le temps d'un projet de faux documentaire caméra-épaule, mixant les sources

qu'il fallait oser réaffirmer ce plan archiconnu du soldat avançant au ralenti... mais pour en faire cette fois l'incarnation de l'imbécilité politique, de l'immédiateté satisfaite, du spectacle dépassé

qu'il fallait oser cette prodigieuse dernière demi-heure, ce robot, ce regard hybride, un oeil alien, l'autre humain, comme conclusion provisoire, avant une suite qui sans doute s'annonce.

Sharlto Copley. Metropolitan FilmExport

DISTRICT 9, claque de la rentrée, grand film de transformation, fait du somptueux avec du moche, du grand avec du petit, de l'intelligent avec du discours en boîte.

Une oeuvre (littéralement ?) stupéfiante.

 
District 9 - ma note pour ce film :
Réalisé par Neill Blomkamp
A la une Quel Hulot !
Carlotta Films

Monsie
ur Hulot termine ces-jours ci trois semaines de vacances sur les écrans vitrollais que j'ai l'honneur de diriger.

Une splendide version restaurée, qui redonne force et clarté à l'indispensable bande-son, non pas  magma inaudible comme il fut parfois écrit, mais juste transcription de la mélodie aussi multiple qu'absurde du monde. Quand le cerveau ne « trie » pas, le vrai bruit , c'est du Tati ! Faites l'expérience.

Hulot, mes parents, fans absolus, me l'ont maintes fois raconté durant mon enfance. Un gag décrit entre deux fous-rires.

En surgit pour des années (ni VHS, ni DVD, ni passage TV...) la grande impatience de le connaître enfin par la voie de l'écran.

Le jour venu... déception. C'est donc ça ? Bof... Je devais avoir 15-16 ans.
Bref, comme un rejet, avant d'y voir, au fil des visions, l'un de mes films essentiels, à chaque fois un peu plus génial.

Beaucoup hélàs en sont restés à la difficulté d'une première approche. Cette semaine, quelques spectateurs sont même sortis avant la fin, désappointés. D'autres, fort heureusement, étaient comblés. De tout cela, je me doutais.
Jacques Tati. Carlotta Films
Hulot n'est pas si évident, tant il se joue de l'évidence.
Evidence que la vie est drôle et se suffirait presque à elle-même comme le meilleur des films comiques : à condition de n'en plus hiérarchiser les significations, ni sonores ni visuelles, et que le spectateur s'en fasse l'observ-acteur.
Jacques Tati. Carlotta Films
Pour qui souhaite enrichir "son" Tati, beaucoup (André BAZIN, Michel CHION, Stephane GOUDET...) ont déjà écrit. Hulot, personnage déclencheur, destiné à se « fondre » dans les films (Mon Oncle, Playtime, Trafic), après avoir mené ses vacances.

Une forme d'inéluctable accomplissement... ...puisque le gag n'est pas Hulot, mais le monde autour.
 
Les Vacances de Monsieur Hulot
Réalisé par Jacques Tati
A la une Bancs Publics


Il serait facile et finalement stérile de limiter l'approche de Bancs publics à celle d'un film plus ou moins à sketchs, en tout cas à « saynètes ». Défilé record de stars qui s'amusent... Le film, certes, est cela, s' assume bien comme tel, semblant reconnaître la « limite » (à entendre ici sans connotation négative), de son esthétique de « fantaisie ». 

« Fantaisie »... chère aux frères Podalydès (peut-on les considérer séparément), dont le Dieu seul me voit demeure l'un de mes films préférés, toujours revu avec une égale jubilation.

Fantaisie et jubilation ont encore répondu, pour ce qui me concerne, au rendez-vous de ces bancs publics. Mais d'où provient cette efficacité qui me plaît tant ? 

Chercher, théoriser, analyser ? Pour en revenir à cette évidence : la QUALITE du regard sur les gens, cette juste et belle capacité à laisser les personnages évoluer. 

Fausse vacuité pour vrai possibilité d'accés à des instants volés à la convenance. Plaisirs et peines solitaires censés échappé au regard de l'autre dans la vraie vie, mais ici filmés sans voyeurisme ni jugement : pleurer dans un square, dormir sous un toboggan, fantasmer sur une banderole, enchaîner les lapsus en pleine conférence managériale,virvolter sur une perceuse ou boire une lotion pour aquarium. Ode à nos faiblesses. 

Denis Podalydès et Pascal Légitimus. UGC
Quand tout un chacun s'illustre par autre chose que ce qu'il voudrait se et nous montrer, chose évidente, mais douce amère réalité pas si fréquemment illustrée dans les comédies populaires. 

Bancs publics, un film d'auteur sans mauvaise hauteur (désolé...), toujours accessible, formidable sans forcément en avoir l'air...
 
Bancs publics (Versailles rive droite)
Réalisé par Bruno Podalydès
A la une FAIS-MOI PLAISIR

En dépit d'un accueil critique majoritairement favorable, certains cinéphiles ou exploitants de salles (car l'un peut se concevoir sans l'autre, et réciproquement...) aiment à considérer Fais-moi plaisir, le dernier film d'Emmanuel, comme « raté ». 

Pas moi. D'abord et simplement parce qu'il m'est impossible de renier une oeuvre qui m'a explosé de rire pendant trois bons quart d'heures. Mouret m'a fait plaisir ! 

Certes, l'ensemble est irrégulier : le récit navigue, patine parfois, au croisement des genres. Blocs successifs, enchaînement de situations, entre références, clins d'oeil, et hommage appuyé (la Party version 2009, le temps de la meilleure séquence du film). 

Manque d'unité qui peut nous perdre ? Peut-être. Mais Mouret s'en fout. Faux problème. 
Qui l'aime le suive. 
Emmanuel Mouret, Judith Godrèche et Déborah François. Pyramide Distribution
Art délicat de la séduction : ce pseudo-dandysme gonflé à l'auto-dérision, cette préciosité généreuse, cette célébration de tourments pas si graves, permettent à Mouret de transférer sans perte les codes de la comédie populaire (burlesque ou romantique) vers son univers d'auteur, en cultivant un doux sentiment d'irréalité, voire d'inquiétante étrangeté. 

Mais... stop. Je ne raconte rien du film, ni de son « pitch » ni de ses gags. 
Allez-y, c'est encore le mieux.
 
Fais-moi plaisir !
Réalisé par Emmanuel Mouret
Avec Emmanuel Mouret, Judith Godrèche, Frédérique Bel, ...
A la une Montparnasse


J'ai beaucoup aimé ce curieux objet de cinéma, Prix Jean Vigo 2009. A peine une heure pour un ensemble de trois historiettes parisiennes. Tragiques mais pas tant que ça, banales au possible mais passionnantes. 
1/ Dans la rue puis dans un appart', une soirée entre deux soeurs, l'une alerte, l'autre dépressive. 
2/ Au restaurant, un repas entre le père meurtri d'une jeune femme décédée et son ancien petit ami, de passage. 
3/ La rencontre entre une jeune femme réservée et une guitariste de rock, jusqu'au baiser final sur terrasse...

Tout petits soucis, remises en causes existentielles, travelings arrières dans la rue, bruits urbains comme orchestre d'accompagnement, la grande tour et la grande gare comme arrières-plans récurrents. Mort, amour, angoisse et déprime. Espoir... 

J'aime ce film, précisément, pour sa manière décomplexée de tendre le bâton pour ce faire battre. Pas de doute, nous en trouvererons pour s'irriter : « encore du cinéma petit-bourgeois-nombriliste-parisien » 

C'est vrai, je m'en agace aussi, du cinéma « petit-bourgeois-nombriliste-parisien ». 
Jamais, toutefois, je n'aborde (tout au moins consciemment) un film, quel qu'il soit en me chargeant d'une posture de pré-jugement. A priori, donc, pas de petit sujet. Montparnasse traite de micros-sujets. Et encore... 

Mais il parvient, dans sa veine rohmérienne, à traiter les poncifs jusqu'à atteindre une forme de plénitude. Grâce aux comédiens, tous parfaits. Grâce à Paris, aussi. 

Par une conduite subtile des dialogues et de situations fonctionnant sur de sensibles mises en tension. 

Par une longueur d'avance malicieusement conservée sur le spectateur : dans le premier volet, nous ne comprenons que les soeurs sont soeurs qu'au bout de plusieurs minutes...

Ou par une douce ironie : dans le second volet, les protagonistes dénient n'avoir pas grand chose à se dire... en moquant un tiers absent qui n' a rien d'intéressant à dire.
 
Montparnasse - ma note pour ce film :
Réalisé par Mikhaël Hers
Année de production : 2009
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